Qui est Jésus ?

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« En quelques-uns de mes lecteurs peut rayonner une foi toute simple et toute pure. Pour eux, je tiens à le dire : le problème du Christ ne se pose pas, puisqu’il est déjà résolu, au moins pour un temps. »

En préambule de notre article cette parole du mystique chrétien Phaneg. Il nous affirme, et nous pouvons lui faire confiance dans ce domaine, que ceux qui par leur parcours spirituel, leurs intuitions personnelles, ou par leurs recherches historiques, on put résoudre pour eux-mêmes qui est Jésus, la réponse qu’ils ont élaborée n’est en rien définitive.

Pourtant, il est possible, d’un point de vue historique, de faire des hypothèses sur l’identité de Jésus. Celle-ci peut-être définie dans la Palestine du 1er siècle, en fonction des différentes catégories socioreligieuses existant à l’époque. Le livre de Dan Jaffé (1) nous en propose certaines, sous la plume d’historiens juifs, ces catégories sont un premier pas, mais Jésus de Nazareth demeure un homme complexe, une définition ne suffit jamais à le définir pleinement, d’autant qu’il y a toujours un autre historien pour en proposer une autre ; néanmoins, il est possible de percevoir Jésus en tant :

Prophète, il en a les caractéristiques, à l’image des grands prophètes de la Bible. Jésus admoneste le peuple et le réconforte également, tout en annonçant l’avènement du Royaume de Dieu.

Pharisien, avec un désir de réformer de l’intérieur certaines pratiques pharisiennes. Comme eux, Jésus s’acquitte du paiement du didrachme, fréquente la synagogue le jour du sabbat, y fait la lecture de la Torah, des prophètes, et y étudie la Loi.

Guérisseur-exorciste, les Évangiles relatent les nombreuses guérisons effectuées par Jésus, ainsi que sa maîtrise sur les éléments.

Hassid (pieux), Jésus manifeste plusieurs caractéristiques du groupe des hassidim : il met l’accent sur la foi, la prière et le pardon. Il exprime une insistance particulière sur l’amour sans limite et inconditionnel. Comme les Hassidim, Jésus s’adresse à Dieu comme un fils s’adresse à son père.

Prêcheur itinérant, Jésus ne cessa de parcourir la Palestine à pied, pour y répandre son message, en allant vers les plus pauvres, les réprouvés, les impurs.

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Nous poursuivons cette quête de l’identité de Jésus par le résumé d’une conférence faite par le père Jean-Philippe Favre, au collège des Bernardins (2).

Celle-ci prend appuie sur le récit figurant dans l’Évangile de Matthieu (16.13-17), le voici :

Jésus étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples : qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme. Ils répondirent : « les uns disent que tu es Jean-Baptiste, les autres, Élie, les autres Jérémie, ou l’un des prophètes.

Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? Simon Pierre répondit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Jésus, reprenant la parole, lui dit : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux. »

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Pour répondre à cette question, je vais vraiment partir de l’écriture, de la Bible, pour tenter d’ouvrir quelques perspectives et de répondre à cette question : qui est Jésus ? Probablement, chacun d’entre vous serait capable de donner  sa réponse. Aux dires des gens qui suis-je ? Demandera Jésus.

Pour répondre à cette question nous pourrions partir de Paul, qui a une connaissance toute particulière, également de l’Apocalypse, qui dit aussi des choses sur Jésus. Pour cette conférence je voudrais partir de ceux que l’on considère être les biographes de Jésus dans le Nouveau Testament, c’est-à-dire les évangélistes, ils ont mené l’enquête, ils ont connu Jésus pour certains, ils ont voulu vraiment traiter de la question de l’identité de cet homme nommé Jésus.

Si la question avait été simple, une carte d’identité aurait probablement suffit pour en faire le tour. La question est suffisamment complexe pour que  Jésus lui-même ne pose la question à ses disciples, pour vous qui suis-je ? Qu’après avoir vécu longuement avec eux. Il m’a semblé que cet épisode, qui se déroule à Césarée de Philippe, est finalement un bon guide pour avancer sur l’identité de Jésus, puisque c’est Jésus lui-même qui pose la question : pour vous qui suis-je ?

Cet épisode va avancer dans un dialogue dont j’aimerais vous rappeler les principaux éléments. À cette question, qui dites-vous que je suis ? Pierre répond : « tu es le Christ, le fils du Dieu vivant », et indiscutablement cette réponse satisfait Jésus, immédiatement il lui répond : « tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux ».

C’est à la suite de cette réponse que Jésus va dire : très bien, puisque vous avez été capable de dire cela,  je vais vous dire ce qu’il en est, le Fils de l’Homme est appelé à souffrir, à mourir et  à Ressusciter. Ce n’est qu’une  fois que les disciples ont été capables de dire, par la bouche de Pierre, qui est Jésus, que Jésus va compléter en quelque sorte son identité par ce que l’on appelle l’annonce de la Passion, la première des annonces de la Passion. Et Pierre, qui pourtant a eu la bonne réponse, juste avant, va s’opposer à cette annonce, étonnant, il a  beau avoir trouvé qui est Jésus, quand Jésus explicite un tout petit peut plus ce que cela signifie, il s’oppose à lui. Du coup… puisque Pierre va se faire recadrer, on s’aperçoit  que la question de l’identité de Jésus n’est pas si simple.

Que pouvons déduire de cet étonnant dialogue ?

• D’abord, qu’il est possible de dire l’identité de Jésus, c’est possible de le faire et Jésus le dit, ce n’est pas rien.

• Ensuite, être capable de dire qui est Jésus n’est pas immédiat, cela ne vient pas tout de suite dans l’Évangile.

• Par ailleurs, l’identité de Jésus se comprend par une référence à l’Ancien Testament, Pierre dit : tu es le Christ, et Christ, c’est  un terme grec dont l’origine vient de l’Ancien Testament.

• Une autre remarque que l’on peut faire, l’identité de Jésus contient  sa nature divine : tu es le Christ, le fils du Dieu vivant.

Pouvoir dire qui est Jésus implique une intervention divine : heureux es tu Pierre…  d’autre part, c’est Jésus seul, qui va être capable de dire pleinement ce que cela signifie.

• Souffrance, mort et Résurrection sont  incontournables pour dire l’identité de Jésus.

• Être capable de dire qui est Jésus, ce n’est pas forcément être capable de dire ce que cela signifie.

Et enfin, Jésus veut indiscutablement que son identité soit reconnue et annoncée par ses  disciples : Qui dites-vous que je suis, qui dites-vous… à d’autres, que je suis.

Les conditions pour dire qui est Jésus

Premier point, il est possible de dire l’identité de Jésus : la parole, les mots, peuvent rejoindre Jésus.  Jésus a beau être un personnage… infini, mystérieux, ce n’est pas parce qu’il y a mystère, que la parole ne peut pas rentrer dans le mystère, et c’est important de le voir. On ne peut pas dire : Jésus est tellement autre, tellement grand, tellement Dieu, que l’on ne peut rien dire de lui, nous pouvons dire des choses et Jésus légitime cela. En posant la question à ses disciples, il leur pose une question à laquelle ils  peuvent répondre, ils ne s’amusent pas avec eux, s’il leur dit pour vous qui suis-je ? C’est que nous pouvons dire des choses sur Jésus.

Deuxième point, être capable de dire l’identité de Jésus n’est pas immédiat, je vous l’ai dit, il faut bien huit chapitres chez Marc, sept chez Matthieu, pour qu’enfin la question de l’identité de Jésus se pose. Jusque-là elle s’est déjà posée, mais personne n’a su y répondre. Qui est cet homme capable de marcher sur les eaux ? Qui est cet homme à qui le vent et la mer obéissent ? La question n’a cessé de se poser, mais il faut un certain temps, et ce temps-là pour répondre à la question, c’est le temps ou Jésus ne va pas simplement parler, c’est  un temps ou Jésus va faire des gestes. On ne connaît pas simplement l’identité de Jésus par ce qu’il dit de lui, mais également parce qu’il fait.

Jésus lui-même n’hésitera pas à se raconter, par exemple quand il prendra la parabole dite du semeur, il racontera ce qu’il est a travers des mots, un peu mystérieux, paraboliques, mais bien réels.

Être capable de dire pleinement l’identité de Jésus implique une intervention divine, nous l’avons vu avec Pierre ; notre connaissance historique ne peut donc suffire pour dire pleinement  son identité.

Vous voyez, Pierre va dire : tu es le Fils du dieu vivant, il va être capable de le dire, parce qu’il y a une intervention de la part du Père : Heureux es-tu fils de Jonas, car c’est le Père qui te permet de dire cela, lui répond Jésus. C’est par la foi que nous pouvons atteindre plus pleinement l’identité de Jésus ; sans intervention divine, nous réduisons Jésus à une connaissance rationnelle, à une connaissance humaine.

Il faut accepter que c’est Jésus qui annonce ce qu’implique son identité, même si Pierre est capable de dire : tu es le Christ, le fils du dieu vivant, Jésus va montrer qu’il ne suffit pas de désigner ce qu’il est, il faut aussi savoir ce qui se cache derrière cette désignation ; il ne suffit pas désigner quelqu’un, de nommer quelqu’un, pour savoir exactement qui il est.

La désignation faite par Pierre ne suffit pas, c’est Jésus lui-même qui à cette désignation va donner toute sa profondeur, et montrer par exemple qu’il n’est pas un Christ glorieux, mais qu’il sera un Christ souffrant, et que sa gloire ne viendra qu’après sa mort, par sa Résurrection.

On peut appeler Jésus par tous les titres que l’on veut, reste que c’est lui qui nous révèle ce qu’ils contiennent.

Qui est Jésus ?

L’identité de Jésus se comprend par une référence vétérotestamentaire, c’est-à-dire par une référence à l’Ancien Testament. Dès le début de l’Évangile de Matthieu, Matthieu commence par la phrase suivante : généalogie de Jésus-Christ, fils d’Abraham, fils de David, c’est ainsi que dès le départ Jésus est notifié par le narrateur. De fait, le terme utilisé par Pierre dans le chapitre sept, sera un terme vétérotestamentaire,  il n’est pas possible de comprendre qui est Jésus sans aller rechercher les titres, avec toute leur profondeur, qui sont ceux de l’Ancien Testament. Jésus est effectivement fils d’Abraham, fils de David, il est aussi le serviteur souffrant, tel que ce terme est déployé dans le prophète Isaïe.

Après sa Résurrection, Jésus rencontre les pèlerins d’Emmaüs, ceux-ci ne le reconnaissent pas, quand Jésus va se dire, il ne s’exclame pas : Bonjour c’est moi ! Mais : « Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les écritures ce qui le concernait ». Jésus lui-même se dit par référence à l’Ancien Testament.

Un autre point, l’identité de Jésus révèle sa nature divine, nous l’avons vu avec Pierre, pour lequel il a fallu une intervention divine lui permettant de l’affirmer.

Les Évangiles nous montrent que Jésus n’est pas seulement homme, qu’il est Dieu, cela fait partie de son identité. Bien évidemment, avec des mots humains c’est plus difficile à formuler, les évangélistes vont donc faire le tour des manières de dire que Jésus n’est pas qu’un homme, qu’il n’est pas seulement qu’un envoyé de Dieu, qu’il est Dieu lui-même. Il y a une filiation entre Jésus et son Père, celle-ci n’est pas de l’ordre de l’adoption, comme c’est le cas pour les fils d’Israël ou pour les baptisés ; cette une filiation d’ordre naturel : Jésus est fils de Dieu par nature, cela fait partie de son identité.

Mais Jésus révèle aussi de façon nouvelle qui il est. Dans l’Évangile de Matthieu, nous voyons qu’après la réponse de Pierre : tu es Christ, le Fils du Dieu vivant, Jésus va employer d’autres termes, il va dire le Fils de l’Homme, par exemple. Au fond, Jésus se méfie des étiquettes, c’est lui seul qui est capable de se dire. Ce n’est pas… le Messie est prévu dans l’Ancien Testament, il va rentrer dans les cases…, non, en se déployant comme Messie, Jésus est plus que ce qui était attendu, on attendait dans l’Ancien Testament quelque chose, Jésus  l’accomplit,  mais en l’accomplissant il le perfectionne et le dépasse, c’est pour cela qu’il se méfie des termes, et que d’ailleurs il interdit  à ses disciples de dire qu’il est le Christ.

Jésus va également se donner des noms nouveaux : je suis le bon pasteur, je suis le pain de vie, je suis la lumière du monde, je suis le chemin, la vérité et la vie, et même tout court, « je suis » ; ce qui est une prétention divine.

C’est Jésus également qui choisit comment il se révèle, ainsi, dans la scène avec les pèlerins d’Emmaüs, Jésus décide de se faire reconnaître de façon surprenante : « il prit le pain, il le bénit et le rompant le leur donna, et c’est alors que leurs yeux le reconnurent », c’est Jésus qui choisit toujours comment il se fait reconnaître.

Dernier point important, souffrance, mort et Résurrection, sont des éléments incontournables pour dire l’identité de Jésus. Chaque fois que l’on doit dire qui est Jésus, il nous faut passer par cela. Rappelez-vous ce que dit Paul : je vous transmets ce que j’ai moi-même reçu sur l’identité de Jésus,  à savoir que Christ est mort, qu’il a été mise au tombeau, qu’il est Ressuscité, qu’il est apparu.

Comment dire l’identité de Jésus ?

Être capable de dire qui est Jésus, ce n’est pas forcément être capable de dire ce que cela signifie, on l’a vu avec Pierre, qui pouvait dire tu es le Christ, mais ne pas comprendre que Jésus devait monter vers sa Passion.

Nous le constatons, affirmer qui est Jésus, ce n’est pas encore le comprendre pleinement, c’est extrêmement important de saisir ce point, nous-mêmes nous n’avons pas fini de faire un chemin de compréhension vers son identité. Nous pouvons bien affirmer ce que nous voulons sur Jésus, qu’il est Fils de dieu, qu’il est vrai Dieu et vrai homme. Mais dire Jésus ce n’est pas un savoir qu’auraient certains, plus connaisseurs que d’autres ; il y a un chemin à suivre, on peut affirmer qui est Jésus, mais pour le comprendre… il faut probablement toute une vie.

Alors, on pourrait se dire… du coup… c’est difficile d’affirmer, c’est difficile d’en parler. Jésus veut tout de même que son identité soit reconnue et annoncer par ses disciples. Qui dites-vous que je suis ? Ce n’est pas simplement pour vous qui suis-je ? Mais… quand on vous interroge, qui dites-vous que je suis ? Jésus confie à d’autres d’annoncer son identité.

C’est uniquement la rencontre authentique avec lui, qui elle seule, me permet de dire qui est Jésus.

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Nous clôturons cet article par le témoignage d’un ami, témoignage qu’il a accepté de voir figurer ici. Nous lui avions un jour demandé qui était pour lui Jésus ? Les trois dénominations alors qu’il lui attribua sont présents dans les Évangiles, mais cet ami, ayant eu un parcours spirituel hors des religions chrétiennes, et n’étant pas de culture juive, ces trois titres sont surtout le fruit de son parcours et de sa réflexion, plutôt que l’énoncé de définitions préétablis.

Vous le verrez, la fin de sa phrase relève de l’intime de sa relation avec le Maître. Celle-ci nous prouve, que même en 2016, chacun peut trouver ses propres mots, ses propres phrases, pour définir qui est pour lui Jésus.

Voici ce qu’il nous dit : « Pour moi Jésus est mon Seigneur, mon Maître et mon Ami ;  il m’aime et je lui appartiens. »

                                                                                                       Dominique

 

(1) : Dan Jaffé, Jésus sous la plume des historiens juifs du XXe siècle. Éditions, Cerf.

(2) : Pour accéder à la conférence vidéo dans son entier cliquer ici.