I- Son procès : histoire et pouvoir du Sanhédrin

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Auguste et Joseph Lémann sont issus d’une famille juive ashkénaze. Tous les deux se sont convertis à la religion Catholique en 1854, à l’âge de 18 ans. Ils sont les auteurs de nombreux ouvrages notamment celui qui va nous servir pour cette série d’articles sur le procès de Jésus, qui se nomme : VALEUR DE L’ASSEMBLEE QUI PRONONÇA LA PEINE DE MORT CONTRE JESUS-CHRIST (1).

Connaissant les textes encadrants la juridiction juive de l’époque de Jésus, et ayant eu accès à d’autres documents plus rares, ils ont pu reconstituer l’histoire du Sanhédrin, son fonctionnement et les conditions dans lesquelles s’est déroulé le procès de Jésus de Nazareth.

Pour ne pas alourdir la lecture de ces articles, nous avons fait le choix de ne pas noter toutes les références, forts nombreuses, qui argumentent  les points de vue des frères Lémann. Vous trouverez en bas de page le lien pour accéder à leur ouvrage en entier.

Histoire du sanhédrin et composition de celui-ci

Le sanhédrin ou grand conseil était la haute cour de justice, le tribunal suprême des Juifs. Il fut établi à Jérusalem, après l’exil de Babylone. Le fameux conseil des soixante et dix anciens, institué par Moïse dans le désert, en aurait été, dit-on, le modèle. L’étymologie de ce nom de sanhédrin est emprunté à la langue grecque (sunevdrion), il signifie assemblée des gens assis.

Voyons maintenant sa composition. Nous allons en quelque sorte introduire le lecteur dans l’intérieur du sanhédrin. Celui-ci  se composait de soixante et onze membres, les présidents compris. Ce nombre est affirmé par Flavius Josèphe et tous les historiens juifs. Au temps de Jésus, ces soixante et onze membres se distribuaient en trois chambres.

Chacune de ces chambres était ordinairement composée de vingt-trois membres, ce qui, avec les présidents dont nous parlerons tout à l’heure, donnait le nombre de soixante et onze. En voici la composition :

1 : La chambre des prêtres : comme son nom l’indique, n’était composée que de personnes ayant rang dans le sacerdoce.

2 : La chambre des scribes ou docteurs : celle-ci renfermait les lévites et les laïques particulièrement versés dans la connaissance de la loi.

3 : La chambre des anciens : elle était formée par les personnages les plus considérables de la nation.

Cette composition de l’assemblée par les trois ordres principaux de l’État juif est affirmée par tous les écrivains du temps, chrétiens et hébreux. Marc, Matthieu et Jean le rapporte dans les Évangiles quand ils écrivent que : les prêtres, les scribes et les anciens s’assemblèrent pour juger Jésus ; et Maïmonide le confirme dans son ouvrage : constitution du sanhédrin.

Bien qu’en principe les soixante et onze membres dussent se distribuer en nombre égal dans chacune des trois chambres : vingt-trois pour la chambre des prêtres, vingt-trois pour la chambre des scribes, vingt-trois pour la chambre des anciens. Cette distribution néanmoins n’était pas toujours rigoureusement observée ; et il arriva plus d’une fois, notamment dans les dernières années de l’histoire juive, que la chambre des prêtres formait à elle seule la majorité du sanhédrin. La raison de cette prédominance a été donnée par Abarbanel, l’un des plus célèbres rabbins de la Synagogue : Les prêtres et les scribes, dit-il, dominaient naturellement dans le sanhédrin, parce que n’ayant pas reçu, comme les autres Israélites, de biens-fonds à cultiver et à faire valoir, ils avaient plus de temps à consacrer à l’étude de la loi et de la justice ; d’où il suit qu’ils se trouvaient plus aptes a prononcer des jugements.

Il y avait deux présidents : l’un portait le titre de prince (nasi), et était le vrai président ; l’autre était appelé père du tribunal (ab bêthdin), et n’était que le vice-président. L’un et l’autre avaient dans 1’assemblée des places d’honneur. Ils siégeaient sur des trônes, au fond de la salle, ayant à leurs côtés tous leurs collègues assis sur des sièges disposés en demi-cercle. À chacune des deux extrémités de l’hémicycle était placé un secrétaire.

Les frères Lémann expliquent  que les questions les plus graves étaient traitées au sein du sanhédrin, parce que c’était à lui que l’on déférait les difficultés majeures en matière de justice, de doctrine ou d’administration. Dans la Mischna il est écrit : Le jugement des soixante et onze, est invoqué quand l’affaire concerne toute une tribu, ou un faux prophète, ou le grand prêtre ; quand il s’agit de savoir si l’on doit faire la guerre ; s’il importe d’agrandir Jérusalem et ses faubourgs, ou y faire des changements essentiels ; s’il faut instituer des tribunaux de vingt-trois membres dans les provinces, ou déclarer qu’une ville est impie et qu’elle est placée sous l’interdit.

On voit combien étaient larges les attributions du sanhédrin. Cette assemblée était vraiment souveraine. L’historien Flavius Joseph raconte cette anecdote, Hérode le Grand, alors qu’il n’était encore que préfet, fut obligé de comparaître en accusé devant elle, pour avoir fait mourir de son propre chef une troupe de bandits et l’intervention du roi ne put dispenser Hérode de cette comparution.

L’étendue des pouvoirs du sanhédrin était donc presque équivalente à la puissance royale.

La salle des pierres taillées

Il n’y avait qu’une salle à Jérusalem où l’on pût prononcer la peine capitale. Elle s’appelait gazith ou salle des pierres taillées. Elle était située dans l’une des dépendances du temple. On lui avait donné ce nom de salle des pierres taillées, parce qu’elle avait été construite avec des pierres carrées et bien polies, grand luxe à Jérusalem. Or, que ce fût là, et là seulement, qu’on pût régulièrement prononcer une peine capitale, la tradition juive est unanime à l’affirmer. Lorsqu’on quitte la salle Gazith, dit le Talmud, on ne peut porter contre qui que ce soit une sentence de mort. – Les peines capitales ne se prononçaient pas en tout lieu, ajoute rabbi Salomon, mais seulement lorsque le sanhédrin siégeait dans la salle des pierres taillées. – Voici encore le témoignage de Maïmonide : Il ne pouvait y avoir de sentence de mort qu’autant que le sanhédrin siégeait en son lieu.

Ce point est essentiel, car au procès de Jésus ce non respect du droit juif constituera la première des irrégularités

Mais laissons les frères Lémann poursuivre leurs explications sur un point très important, celui  de la perte du sanhédrin de son droit à condamner à peine de mort.

Perte du droit du sanhédrin à condamner à la peine de mort

Un événement considérable avait ébranlé et réduit l’autorité du sanhédrin, le voici : Vingt-trois ans avant le procès de Jésus, le sanhédrin avait perdu le droit de condamner à mort.

En l’an onze un  grave événement s’était produit. La Judée avait été réduite en province romaine, et des procurateurs, administrant au nom de l’empereur Auguste, avaient enlevé au sanhédrin, pour l’exercer eux-mêmes, le jus gladii, c’est-à-dire le droit souverain de vie et de mort. Toute province réunie à l’empire devait en passer par là ; car, ainsi que l’a écrit Tacite, les Romains se réservent le droit du glaive et négligent le reste. Le sanhédrin conservait encore le pouvoir d’excommunier, de mettre en prison, de condamner aux verges ; mais le droit de rendre un arrêt de mort, attribut principal de la souveraineté, il ne l’avait plus. Le Talmud lui-même est contraint de l’avouer : Un peu plus de quarante ans avant la destruction du temple, on enleva aux Juifs le droit de prononcer les peines capitales.

Lorsque les membres de l’assemblée, contemporains de Jésus, se virent enlever le droit de vie et de mort, ce fut, dit rabbi Rachmon, une désolation générale : les membres du sanhédrin se couvrirent la tête de cendres, revêtirent le cilice, en disant : Malheur à nous parce que le sceptre est enlevé à Juda et que le Messie n’est pas venu. Aussi le sanhédrin tenta plusieurs fois de s’affranchir du décret impérial et chercha toujours à se persuader que s’il n’avait plus le droit de faire exécuter des sentences capitales, il conservait au moins celui de les prononcer pour les choses religieuses.

La prophétie annonçant le Messie

Nous arrivons ici à un point fort délicat, il concerne la prophétie annonçant le Messie, lisons là :

Toi, Juda, tes frères te loueront ; ta main se posera sur le cou de tes ennemis ; les fils de ton père t’adoreront. Juda est un lionceau ; vous vous êtes couché comme un lion et comme une lionne. Qui l’éveillera? Le sceptre ne sortira point de Juda, ni le législateur d’entre ses pieds, jusqu’à ce que vienne Celui qui doit être envoyé : et c’est lui qui sera le ralliement de toutes les nations.

Telle est la prophétie de Jacob, contenue dans la Genèse ( XLIX, 8-10).

Avec la disparition de ce souverain pouvoir, le temps fixé par la prophétie de Jacob pour la venue du Messie apparaissait définitivement accompli. Or, comme la Synagogue se refusait à reconnaître le Messie dans la personne de Jésus de Nazareth, elle s’efforçait d’arrêter l’accomplissement de la fameuse prophétie. Elle n’hésitait pas, dans ce but, à se cramponner de toutes les manières, soit sous les yeux des Romains, soit devant la postérité, à ce droit de vie et de mort, dont la suppression était la marque providentielle que le Messie était venu.

D’après la prophétie de Jacob, deux signes devaient précéder la venue du Messie et tenir les esprits en éveil : l’enlèvement du sceptre d’abord ; la suppression du pouvoir judiciaire ensuite. Commentant cette prophétie, le Talmud dit : Le Fils de David ne doit pas venir qu’auparavant la puissance royale ait disparu de Juda ; et encore : Le Fils de David ne doit pas venir qu’auparavant les juges aient cessé en Israël.

Eh bien, à l’époque de la conquête romaine, il y avait longtemps que le sceptre ou la puissance royale avait disparu de Juda, puisque depuis le retour de la captivité, c’est-à-dire depuis plus de quatre cents ans, nul des descendants de David n’avait plus porté le sceptre. Les derniers rois qui l’avaient tenu à Jérusalem, les princes Machabéens, étaient de la tribu de Lévi ; et Hérode le Grand, qui mit fin à leur dynastie, n’était pas même d’un sang juif, il descendait d’un Iduméen. Le premier signe ou la cessation du sceptre, dans Juda, se trouvait donc visiblement accompli.

Restait le second ou la suppression du pouvoir judiciaire, et voici qu’il s’accomplissait. En effet, le droit de porter des sentences capitales une fois supprimé par les Romains, il n’y avait plus de vrai législateur entre les pieds de Juda. Entre les pieds de Juda il n’y avait plus de vrai législateur, pas plus qu’à sa main on n’apercevait de sceptre.

Le sanhédrin ayant refusé que la prophétie de la venue du Messie était accomplie, nous allons voir comment celui-ci va se comporter devant l’homme qui en a toutes les caractéristiques.

                                                                                                                                                                                                         Dominique

 

1 : Nous avons une pensée pour Roland Soyer, qui par son site livres-mystiques.com, a permis l’accès à de nombreux textes spirituels, dont certains ne sont plus édités, et d’autres très peu connus. Pour accéder au document en entier cliquez ici.